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De l’ancienne terre agricole à la forêt : comment faire face aux maladies en deux étapes

Pour notre second bois école de l’année, jeudi 19 mars, nous étions 22 personnes à nous retrouver à Antichan (09) sous un soleil printanier. Emmanuel Rouyer et Loriane Paradowski du CRPF d’Occitanie nous ont conduit à travers deux parcelles pour notre enquête du jour : comment favoriser la diversité et prendre soin des sols ?  

Le premier arrêt dans la propriété Vuiller à Montgauch, nous amène à observer une plantation mélangée de frênes, d’érables sycomores et de merisiers. 

Premières observations de la station. Le sol à dominante limono-argileuse est relativement riche chimiquement. Cela laisse supposer une bonne  RUM, réserve utile maximum, à condition que les précipitations soient suffisantes. 

Les sols limoneux étant fragiles au tassement, cela implique des précautions de débardage  : engins restant dans les cloisonnements d’exploitation, ou débardage par traction animale.

 

Une fois ce contexte posé, nous abordons l’historique de la parcelle forestière. Dans ce peuplement de 32 ans, des cloisonnements et une première éclaircie ont donc été réalisés en 2015.  Cette première intervention à fortement diminué la densité, phénomène qui a été accentué par la mortalité du frêne touché par la chalarose. En contrepartie, elle a permis un rééquilibrage des essences notamment au profit du chêne, arrivé spontanément. Il conviendrait de favoriser les érables et les rares charmes, essence de demi-lumière et leur régénération naturelle, susceptibles de gainer dans le futur les sujets plantés dominants.

  L’après-midi nous découvrons une seconde plantation de 32 ans, constituée elle majoritairement de chênes rouges et, en faible quantité, d’érables sycomores, de merisiers et de rares châtaigniers touchés par l’encre. La station est plus acide que la précédente.  Une première éclaircie et des cloisonnements y ont également été effectués en 2015. Ici la conséquence a été d’éliminer le sous étage (merisier, érable sycomore). Une seconde coupe forte vient d’être réalisée : les moins belles tiges et celles atteintes de la maladie de l’encre ont été supprimées. 

Il est à craindre que la trop grande mise en lumière détériore la qualité du bois et provoque le développement de gourmands sur les fûts. Il est donc important de soigner un sous-étage et d’y conserver les essences de demi-lumière présentes… En dehors du chêne rouge.

Dans cette plantation, le chêne rouge a en effet apporté de la valeur mais aux dépens de la biodiversité. Il produit des glands en abondance, il réussi de nombreux semis, rejette très bien de souche sous couvert et prend ainsi un caractère invasif et exclusif. Le risque est clair , le chêne rouge peut donner à terme un peuplement pur. Ici cela paraît aujourd’hui concrètement inquiétant d’un point de vue sanitaire étant donné la présence de l’encre que nous observons.

Sous l’œil avisé d’Emmanuel et avec l’éclairage de Bern nous avons approfondi notre connaissance du sol, puis constaté qu’après une jeune plantation sur une terre agricole, il faut un temps long pour constituer un sol forestier. Nous insistons au cours de la journée sur l’intérêt de laisser des rémanents, pouvant abriter une régénération intéressante.  Sophie Maillé, chargée de mission sur les vieilles forêts à Nature en Occitanie, recommande de laisser une partie des houppiers des arbres abattus non démontés. C’est un stock de carbone séquestré qui reste sur les parcelles et vient alimenter à terme la matière organique du sol tout en hébergeant une grande biodiversité animale, végétale et fongique.

Pour conclure, on peut dire que les plantations sont des aventures où le risque de se planter est bien réel.  Si l’on éclaircit trop fortement le peuplement et si l’on mise sur des essences uniques, les remises en question par les maladies peuvent venir plus vite que prévu.

La plantation d’espèces variées est donc recommandée pour ne pas mettre ses œufs dans le même panier. Seconde recommandation de notre bois école : favoriser la régénération spontanée des chênes pédonculés, érables, merisiers s’avère une bonne idée.

Les interventions ponctuelles et légères en dégagements avec une observation attentive du peuplement dans les années suivant les coupes seraient pertinentes, dans la bonne logique des sylvicultures mélangées à couvert continu. 

Merci de votre participation à cette journée de fin d’hiver et à vous de jouer pour mettre vos œufs dans les bons paniers…

Photos : Bern, Hervé Duval, Fiona Marty

Rédaction : Gilbert Guilhet, Bern et Cécile Varin

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