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Organisation, coordination, précision : apprendre à débusquer avec un animal pour améliorer le boisement
Pour conclure notre programme de sorties 2025, nous avons visité le 11 décembre 2025 un chantier à Barjac. Nous étions une vingtaine de Sylvestrien·nes réuni·es sous le soleil pour decouvrir ce chantier, situé dans le secteur du Cap Blanc dans un boisement de chênes issu d’une coupe sévère ayant eu lieu il y 40 ans. Les bûcherons Sylvain et Mario et le muletier Cédric se sont rendus disponibles pour échanger avec nous sur le projet.
Objectif de notre bois-école : comprendre comment le débusquage à cheval peut faciliter le travail du bûcheron et du débardeur, tout en préservant les sols et les arbres. Petit compte rendu de nos échanges.
Pouvez-vous nous présenter la coupe que vous avez effectuée ?
Mario : C’est une coupe d’éclaircie et d’ amélioration dans un boisement de chênes principalement, qui avait subi une coupe très sévère il y 40 ans.
Le propriétaire a deux objectifs, sortir du bois de chauffage et améliorer le boisement.
Nous avons opté pour utiliser la traction animale pour débusquer les bois coupés et les amener en bordure de piste. Le tracteur muni d’un treuil les tire ensuite sur une place de dépôt où les troncs seront tronçonnés en un mètre, refendus et mis en fagot de 1 m2.
Quel est l’intérêt pour vous d’avoir recours à un débusqueur à cheval ?
Les avantages c’est de pouvoir compléter le travail du tracteur et ne pas galérer à aller chercher au treuil sur plein d’endroits différents des troncs. Avec le mulet on va pouvoir soit tout rassembler au bord de la piste, soit rassembler en un point de la coupe, pour que le tracteur puisse rentabiliser au mieux ses allers-retours avec le câble. Ça ne supprime pas le tracteur, ça diminue les va et vient du tracteur sur la coupe.
À quelle distance vous allez chercher les arbres?
Cédric : la distance optimum ? On va dire que pour un chantier rentable entre guillemets, il faut que l’arbre le plus loin soit à 100 m de la reprise. L’idéal c’est autour de 50 mètres.
Et pour la taille des troncs ?
Cedric : Sur cette coupe, c’est le bois relativement petit, le mulet n’ est pas au top de sa performance. Elle pourrait tirer des bois plus gros. Mais il est jeune, c’est aussi un apprentissage, ça permet de le faire travailler sur des volumes qui correspondent à son entraînement et ses capacités. Avec un mulet bien entraîné on peut forcer plus. On peut sortir des bouts de bois plus gros plus facilement mais le but c’est qu’il s’amuse lui aussi et qu’il ait envie d’y retourner le lendemain.
Comment vous vous organisez avec le bûcheron ?
Cédric : La technique, c’est qu’on fait une équipe. Le bûcheron va couper les arbres et les orienter. Si l’arbre est encroué, je vais pouvoir venir l’attacher même si l’arbre est encore tendu en l’air, je peux le tirer, le faire tomber par terre. Après Mario va l’ébrancher, pendant ce temps je débusque un peu plus loin. Si jamais au moment de tirer on se rend compte qu’il y a une branche qui traîne, si jamais il y a quelque chose qui me gêne sur le chemin, Mario peut venir m’aider aussi avec sa tronçonneuse pour ouvrir. Il y a vraiment un trinôme avec le couple débardeur et cheval et le bûcheron.
Mario : Ce travail en équipe est très important et différent des exploitations au tracteur où très souvent les bûcherons vont passer avant et vont traiter absolument toute la surface et seulement ensuite le tracteur viendra tirer ou treuiller. Il y a plein de choses qui diffèrent quand on travaille seulement avec un tracteur. On va avoir tendance à commencer au plus près la piste et abattre en s’éloignant alors que là il faut faire absolument l’inverse avec le cheval parce que sinon les branches qu’on dépose au fur et à mesure vont gêner l’avance du cheval. Le tracteur lui s’en fout des branches. Il passe souvent partout sans se soucier des arbres non abattus.
Cedric : Avec une traîne au câble je peux faire tirer le mulet dans tous les sens. Si ça s’accroche, je peux contourner l’obstacle. Le cheval a un impact beaucoup plus léger sur les sols et sur les arbres à ne pas couper. Tu blesses beaucoup moins d’arbre. Tu peux décaler ton cheval pour selon l’angle de tir souhaité. Avec le tracteur et le câble il faudrait redéplacer le tracteur ou mettre une poulie de renvoi, donc ce sont des opérations assez lourdes, que l’on ne fait pas toujours. Du coup sur un chantier tracteur, il y a toujours un moment où on dira: ça va passer, on force un peu et en fait on blesse des arbres. Avec le mulet de toute façon il peut pas vraiment forcer contre l’arbre ça marchera pas. Il va pouvoir rectifier la trajectoire facilement et cela protège les arbres. Et le cheval ou le mulet, ça tasse moins les sols forestiers, donc c’est important. On fait une coupe d’amélioration et prendre soins des sols c’est permettre aux arbres que l’on a détouré de continuer à grandir dans les meilleures conditions.
Merci aux bûcherons Sylvain et Mario et à Cédric le muletier pour leur accueil et leur présentation de ce chantier. Et Merci à Urzout, le mulet !
Photos, rédaction et interview : François Calvet
(CC BY 4.0 )